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Pour la septième demeure du Kawthar d'al-Ḥaqq :
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« Le ternaire fondamental constitué par l'esprit, l'âme et le corps se retrouve dans le symbolisme des trois villes saintes de l'islam.
« L'esprit correspond à Médine, la ville illuminée par la présence du Prophète et préservée des attaques de l'Antéchrist. [ Préservation qu'abd ar-Razzâq étend par la suite au « Maqâm shâdhulî » de Tunis et à sa tarîqa en empruntant par là même une voie christique. ]
« L'âme – intermédiaire entre l'esprit et le corps – est figurée par Jérusalem où l'Envoyé d'Allâh a prié comme imam de l'ensemble des prophètes et des envoyés.
« Aujourd'hui encore, le plan octogonal de la Mosquée dite d'Omar [ qui n'est pas une mosquée mais une « qibla » pour orienter les Juifs vers une représentation du mont Moriah ] rappelle la fonction purificatrice de la ville de Dâwûd indiqué aussi par son nom arabe : ...
« al-Quds » [ où Dâwud identifie son califat à la Citée Sainte comme intermédiaire entre celui d'Adam et celui du Christ qu'Abd ar-Razzaq confond avec le Prophète en interprétant la montagne du Califat « A.D.M » à partir du Triangle de l'Androgyne.
La sainteté d'al-Quds est lié au Temple qui se trouvait dans la citée de David mais que Davidson situe sur l'esplanade de la forteresse où la « qibla » a été édifiée. La Mosquée « al-Aqsa » qui s'y trouve adossée l'oriente vers la « Ka'ba ». ]
« La Mekke représente la manifestation corporelle et dans les rites du pèlerinage, l'aboutissement de la réalisation descendante : ...
« ... la forme de la « Ka'ba » évoque par sa structure cubique la troisième dimension de l'espace ainsi que la troisième puissance de « 10 » [ qui évoque le rang prophétique des milleniums, ] le nombre du Trône régisseur du cosmos.
C'est dans cette perspective qu'il convient de comprendre le changement de « qibla » intervenu après l'hégire ... [ Mais qui ne doit pas laisser croire qu'à la Mecque les premiers musulmans se seraient tournés vers Jérusalem.
Le plus vraisemblable est qu'ils se tournaient alors vers le mont Arafa indiqué par l'angle de la Pierre Noire. ]
« ... et qui marque [ après l'hégire ] le passage de la phase « mekkoise » de la révélation à la phase « médinoise » ainsi que la naissance de l'islam en tant que forme traditionnelle distincte...
[ Ce qui est faux à plus d'un titre : d'abord parce que l'islam n'a pas pu se dire indépendant de ses origines yéménites que les musulmans se remémorent en tant qu'Hanîf dans l'héritage d'Abraham.
Ensuite parce qu'il ne sait jamais identifié au judaïsme syro-palestinien auquel il n'a été confronté qu'après son hégire à Yathrib !
Le changement d'orientation de la « qibla » à Médine n'est pas une distinction par rapport à une origine commune mais l'intégration en deux temps d'un culte particulier à l'intérieur même de cet islam originel.
Il est néanmoins remarquable que cette intégration emprunte un modèle qui rappelle d'une façon assez évidente celle d'Esdras à Jérusalem alors même que le Noble Coran – comme pour s'en défendre – renvoi dos à dos les Juifs et les Chrétiens – cf. S 9 V 30. ]
« ... la religion islamique est analogue au corps car elle exprime la limite finale du cycle prophétique [ qu'elle exprime et qu'elle indique puisque le cycle s'achève avec elle. ]
« Jamais [ ... ] la « qibla » ne sera rétablie vers Jérusalem [ où les Juifs menacent au contraire de la détruire pour construire un Temple sur l'esplanade de la forteresse romaine.
Si la Mosqué al-Aqsa était détruite avec elle son orientation serait en quelque sorte détournée vers ce Temple. Le statut eschatologique de la « Ka'ba » est donc en partie lié au sort de cette « qibla » intermédiaire. ] ; ...
« ... en revanche, le rôle de La Mekke cessera forcément [ ? ] lorsque la Ka'ba sera détruite par les forces antitraditionnelles [ théorisées par René Guénon. Il s'agit plutôt en l'occurrence d'une désacralisation dont chacun restera juge « en l'état ». ]
« ... l'excellence de La Mekke est « primordiale » et s'exprime par la présence de la « Ka'ba » [ ... ] tandis que l'excellence de Médine est « finale » et d'ordre eschatologique. »
[ Il s'agit toujours de la préservation des lieux saints sous les attaques de l'antéchrist à la fin des temps. Ce qui laisse entendre qu'abd ar-Razzâq a bien identifié le « Maqâm shâdhulî » de Tunis à la Montagne polaire où le Christ doit également être préservé.
C'est paradoxal parce que la montagne du Califat théorisée par Michel Vâlsan à partir du Triangle de l'Androgyne peut être identifié à la Montagne polaire mais Abd ar-Razzâq n'y reconnaît pas le Christ et attribue au Sceau des prophètes ce qui lui revient.
La sacralité des « privilèges ancestraux » dont les « nobles détenteurs » sont les « Quraych » de La Mecque ne devrait pas s'y maintenir selon une tradition encore disputé à l'époque d'ibn Arabi mais toujours contesté par les salafistes.
Ils produisent en effet un texte où La Mecque semble ajoutée d'une manière abrupte à la fin d'un document qui annonce de façon prophétique la protection angélique dont doivent bénéficier la Montagne polaire et le maqâm de Médine.
Si le maqâm de Médine est facilement identifiable à la « Rawdâ » qui se trouve entre la tombe du Prophète et son minbar, la Montagne polaire où se trouve le Christ ouvre un espace symbolique beaucoup plus difficile à circonscrire. ]
Cf. Abd ar-Razzâq Yahyâ – Métaphysique de la Zakât – La fin de l'immunité (2008)
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L'introduction au poème initial du chapitre 70 des « Futûhât » propose la même historiographie frelatée en la mettant en rapport avec le Turban noir du Prophète :
« L'analogie [ entre « la Prière accomplie par le Prophète comme imam des prophètes et des envoyés » et « celle que Muḥammad coiffé d'un turban noir a accomplie à l'intérieur de la Ka'ba le jour de la conquête de la Mekke » ] met en cause ...
« ... la question du changement de « qibla » puisqu'à l'origine les musulmans se tournaient vers Jérusalem et non vers la « Ka'ba » de La Mekke pour effectuer la « Salât ».
L'imamat du Prophète « situé symboliquement au centre de l'état humain » ne peut être que celui du Califat que l'eschatologie islamique réserve au Christ quand Allâh insuffle Son esprit dans l'âme d'Adam.
La modification intervenue « après l'hégire » n'implique pas la période antérieure que l'historiographie coranique qualifie de « mekkoise ». L'islam n'est pas une secte juive et sa christologie n'est pas une hérésie judéo-chrétienne.
La quatrième ville sainte de l'Islam est en effet celle que le Sieur Abdallâh se disant négociant aurait atteint en décembre 1880 et où il aurait séjourné une dizaine d'années.
