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Pour la dix-huitième demeure du Kawthar d'al-Ḥaqq :
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« Muhammad est le Sceau des prophètes légiférants – « khâtam an-nabiyyîn ».
Cette première affirmation est déjà problématique puisque le Sceau des prophètes est un Messager mais n'est pas le Sceau des messagers qu'implique son caractère légiférant.
Deux autres sceaux doivent ensuite venir clôturer un cycle à l'intérieur de la Tradition islamique pour accomplir la doctrine des Trois sceaux théorisée par Abd ar-Razzâq :
Muhyi'd-Dîn ibn Arabî « connu sinon toujours reconnu » comme étant « le Plus grand des maîtres » du « tasawwuf » – le « Shaykh al-Akbar » – est « le Sceau de la Sainteté muhammadienne ».
Ici ce n'est pas tant le titre qu'on prête au vivificateur du « Dîn » ou à l'imâm du « Tawhid » qui est problématique que son caractère exclusif qui dans ce cas appartient à son successeur : le Pôle caché de la « walâya » des « awliyâ' » – le « Qutb al-Maktum ».
« Ensuite viendra le Sceau de la Sainteté générale autrement dit le Christ de la seconde Venue. »
Le caractère « général » de la sainteté qu'on retrouve chez Claude Addas est plutôt celle du sceau précédent dans le « tasawwuf » akbarien où le « Shaykh al-Akbar » assume le double héritage du Christ et du Sceau des prophètes.
On peut donc par antinomie prêter au sceau suivant dans le « tasawwuf » ahmadien du « Qutb al-Maktum » – celui du Sheykh Ahmad at-Tijani – une sainteté « spécifique » qui s'identifie à la « Sirât al-Ḥamîd » dans l'élévation du Sceau des prophètes à travers sa louange.
La sainteté du Christ qui s'inscrit dans la sainteté générale du « tasawwuf » akbarien peut être qualifiée d'universelle, d'absolue ou de parfaite puisqu'elle s'inscrit dans le renouvellement cyclique de la lieutenance califale du califat adamique.
Cette lieutenance s'accomplit dans les pas de Seth et se trouve par conséquent au-delà de la perspective cyclique tracée par la théorie des Trois sceaux de la Tradition islamique et au-delà de celle que le « Qutb az-Zamân » assigne à la fin des temps après le troisième.
Après avoir en quelque sorte dévoyé ces fonctions – celle du « Qutb az-Zamân » et celle du « Qutb al-Maktum » – Abd ar-Razzâq présente René Guénon comme « le vivificateur de la Tradition universelle » et le précurseur du troisième Sceau.
Il fait alors intervenir un Madhî qui opère un redressement sous l'égide de ce dernier et bien que cette façon procéder engendre un certain nombre de confusions, il est évident que l'universalité de la Tradition du précurseur ne fait référence qu'à la seconde Venue du Christ.
Chaque génération commet un certain nombre d'erreurs invincibles et l'erreur d'un maître reste un enseignement magistral qui permet d'être corriger par la génération suivante.
Le serviteur d'ar-Razzâq comme celui d'al-Wâhid a accompli sa mission à l'ombre de ce précurseur qui annonce la visitation du Celui qui doit venir. Et voici qu'après son passage, il s'aperçoit que le Maître de la maison était déjà dans le ventre de sa génération.
Cf. Abd ar-Razzâq Yahyâ – L'intégrité islamique – Ibn Arabî [ et ] René Guénon (2011)
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« Qu'ils se réfèrent au « Roi du Monde » [ c'est-à-dire à la Tradition orientale ] lorsqu'ils s'adressent à des [ dhimmis ] ou au « Qutb az-Zamân » [ c'est-a-dire au « Pôle du temps » ] lorsqu'ils empruntent le langage du « tasawwuf », ...
« ... c'est toujours afin d'occulter la lumière universelle du Prophète et de porter atteinte à une intégrité islamique qui les gêne » [ que les partisans de l'intégration au monde moderne s'y réfèrent. ]
Avant de s'approprier la fonction et de l'identifier au Cheikh Abû'l-Hassan ash-Shâdhulî, Abd ar-Razzâq entretenait avec elle ce rapport ambigu alors même qu'il assignait à l'islam « historique » la mission de clore le cycle humain et la tradition adamique.
C'est pourtant bien à « l'ensemble du cycle humain » qu'il identifie le « Pôle du temps » mais il introduit ici l'assignation du temps à celui qui détient sa fonction par la préséance de la langue arabe sur la langue primordiale en présence du Sceau des prophètes.
Pouvons-nous pour autant lui reprocher d'avoir fait du « Pôle du temps » le « Pôle de son temps » en l'identifiant à celui du Cheikh Abû'l-Hassan ash-Shâdhulî alors même que la tariqa du « Qutb al-Maktum » semble avoir éludé sa fonction.
Le « Qutb az-Zamân » de Nioro au Sahel déporté en France par l'administration coloniale dort comme un Lion à Montluçon qui par une facétie de la Providence porte le même toponyme que son lieu d'origine sur le mont de la Lux de « Nûr ».
La Montagne polaire où le Soleil de Justice doit rester intact à la fin des temps n'est pas à Tunis où Abd ar-Razzâq a cru pouvoir identifier le maqâm Shâdhulî à celui de la « Rawda » du Prophète mais bien sous le Nom divin qui régit le « Yawm ad-Dîn » du Mercredi.
Cf. Abd ar-Razzâq Yahyâ – L'intégrité islamique – La doctrine du centre suprême (2011)
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Dans la Proclamation de la seconde édition qui devait déjà se trouver dans la première, Abd ar-Razzâq donne sans aucun contexte sa propre transcription de la Prière de l'ouverture sur le Sceau des prophètes qui constitue l'oraison constante de la tariqa du « Qutb al-Maktum » :
« Allâhumma » [ Notre Dieu ! ] répands Ta grâce unitive, Ta paix et Ta bénédiction sur notre Seigneur Muhammad qui a ouvert ce qui était fermé, qui a scellé ce qui a précédé, qui a secouru « al-Ḥaqq » au moyen d' « al-Ḥaqq », ...
« .... qui a guidé vers Ta Voie droite ainsi que sur sa Famille selon la Vérité et le Droit inhérents à Son pouvoir éternel et à Sa mesure immense dans l'ordre manifesté. »
L'attribution du témoignage de la Vérité par la Vérité au secours du Seigneur Muhammad altère son rapport avec celui des témoins de l'Apocalypse de saint Jean – cf. Ap XI 3.
