samedi 2 mai 2026

La prière universelle

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Pour la quarante-troisième demeure du Kawthar d'al-aqq :

Dans le recueil que Gilis consacre à ses études complémentaires sur le Califat, il compare les trois mouvement de la Prière universelle : ascension  inclinaison  prosternation  aux trois « Gunas » de la tradition hindou : « Sattwa »  « Raja »  « Tamas ».

Ce qu'une lecture critique de l'introduction aux doctrines hindoues de René Guénon aurait pu dire à propos des castes traditionnelles est certainement valide pour ces correspondances quand elles sont mises en relation avec la Prière universelle.

Mais cela suppose également une identification de la force primordiale qui préside à la différentiation de ces tendances avec une assise que nous avons qualifié de prosternation silencieuse et qui reste en accord avec sa puissance latente non manifestée.

Nous n'identifions l'inclination que comme une forme de prosternation en distinguant dans sa descente la génuflexion de celles du tronc, du torse, du cou ou des paupières pour sa forme la plus intériorisée quand celle des sept appuis est la plus explicite.

Les sept appuis sont ici ceux des pieds, des genoux, des mains et du front qui réalisent la forme la plus accomplie de sa tendance que nous mettons sur le même niveau que celle de son ascension où la posture droite quand on est debout n'en garde que deux.

La forme horizontale – « raja » – que Gilis identifie à l'inclinaison est par conséquent au-delà de la prosternation telle qu'on la retrouve pour le christianisme dans les rites d'ordination et de consécration ou pour l'adoration de la Sainte Croix du Vendredi Saint.

C'est également celle qui se pratique assez couramment pour la forme tantrique du bouddhisme mahâyâna en signe de vénération envers le Bouddha et son Boddhisattva Padmasambhava – et d'une façon plus générale dans le rite oriental de la pérégrination.

C'est de toute évidence une posture d'abandon sans appuis où le corps est étendu par terre de tout son long et dont la signification profonde rejoint ce que nous pouvons dire d'une assise silencieuse quand elle accède à une forme de contemplation.

La pérégrination est en effet une prière en mouvement quand on lui assigne un but religieux et la prière une pérégrination immobile quand elle s'engage au-delà des rivages de la méditation dans le monde transcendant de la vision du Temple où elle se pratique.

Ces mouvements sont mis en rapport avec la lettre « Alif » pour l'ascension, « Ḥâ » pour la prosternation, « Mîm » pour l'élongation et « Dâl » pour l'assise – le Tout formant le nom céleste du Prophète qui exprime sa Louange : « A.Ḥ.M.D ».

Le triangle de l'Androgyne transmit par le Sheykh abd al-Wâhid au Sheykh abd al-'Azîz met la lettre « Dâl » (4) et la lettre « Mîm » (40) sur le même niveau qui forme avec le mot « ad-Da'im » une image symbolique du damier maçonnique – « D.A.M ».

La lettre « Ḥâ » (8) qui s'incère dans le mot « Ahâd » pour l'Unité principielle – « A..D » – se retrouve par conséquent au même niveau que la lettre « Wâw » (6) qui s'incère dans la transcription arabe du Verbe primordial – l'Amîn : « A.W.M » (OM).

L'élongation reste une expression paroxysmique de l'inclinaison dans la prière rituelle où elle exprime une position médiane entre la prosternation et l'ascension dont le sens s'inverse quand l'Alif originel descend du sommet de son esseulement.

L'Alif nécessite en effet un rattachement pour s'orienter vers le haut – ce qui a bien sûr un sens initiatique évident où le mouvement initial du Principe dans sa descente reste au contraire celui de la prosternation quand elle accomplit Son oraison.

Ibn Arabî considère néanmoins que l'inclinaison dont nous avons déjà dit qu'elle est suffisante si elle est suffisamment profonde est le meilleurs de la prière parce qu'elle se situe dans une position intermédiaire entre les extrêmes.

II est également remarquable qu'au niveau intermédiaire du triangle de l'Androgyne, la médiane qui s'étend entre les lettres « Ḥâ » (8) et « Wâw » (6) reproduit du point de vue des nombres une complémentarité qui est celle de la décade (10) et du quaternaire (4).

La décade est toujours celle d'un Principe supérieur représenté ici par l'Alif d'Adam qui exprime son unité et le quaternaire celui d'un damier représenté par les lettres « Dâl » (4) et « Mîm » (40) dont les nombres correspondent avec leur principe – « A.D.M ».

Leur somme (44) garde par ailleurs la valeur de l'Androgyne quand on attribue au « Mîm » final la valeur de son rang (24) où le Principe inférieur en-deçà du miroir de sa médiane est l'unité du « Alif » d'Eva – « .W.A » – qui exprime sa lieutenance califale.

Cette lieutenance est celle d'Adam et de l'androgynie qu'il partage avec Eve  rien ne nous autorise à l'étendre vers ceux dont les initiales correspondraient avec les lettres de son nom  et rien ne démontre que Guénon ait voulu leur donner une telle extension.

Ce qui nous semble le plus remarquable et le plus évident, c'est qu'il a voulu y inscrire une forme de complémentarité entre la métaphysique orientale représentée par la forme arabe du Verbe primordial (OM) et celle du « tasawwuf » arabo-islamique de l'Unité.

Cf. Charles-André Gilis – Les mouvements de la prière universelle (1994)