lundi 16 février 2026

Si le grain ne meurt ...

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Pour la sixième demeure du Kawthar d'al-aqq :

« ... [ Amadou ] Hampaté Bâ est à la tradition africaine ce que Louis Massignon est à l'ésotérisme islamique : l'érudit auquel tout le monde se réfère en dépit de l'image trompeuse qu'il donne du sujet qu'il traite. » [ ... ]

« ... Amadou Hampaté Bâ réunit à peu près toutes les disgrâces. Son étude sur l'empire peul du Maçina a été délibérément faussé sur un point essentiel : ...

« ... il a omis de mentionner le rôle décisif joué dans la formation de Sheikhou Amadou, le premier empereur [ du Maçina ] par un noble Soninké centenaire appelé Django à qui cette mission fut confiée au moyen d'une intervention providentielle.

« C'est en respectueux hommage à ce maître que Sheikhou Amadou régna [ sous le nom ] de Cissé [ plutôt que sous celui de Bari ou de Sangaré. ]

C'est la un point capital pour comprendre l'influence permanente des Soninké après la disparition visible de l'empire du Wagadu : ...

« ... on la retrouve aussi bien chez les Malinké de Sundjata que chez les Songhay et les Peuls du Maçina. »

[ Abd ar-Razzaq cite « L'islam noir » de Vincent Monteil et une étude universitaire consacrée à El-Hadj Omar – « La perle de l'islam » – comme appuis pour son assertion. ]

« S'agissant de l'ésotérisme islamique, il ne peut davantage être considérer comme une autorité [ à laquelle à notre connaissance Hampaté Bâ n'a jamais prétendue. ]

Ses « précieux enseignements sur la Science des lettres et des nombres » [ évoqués par la revue « Science sacrée » en 2001 ] sont contestés au sein même de la tarîqa « tijâniyya » ...

« ... où l'on fait remarquer que ses spéculations hasardeuses sur le symbolisme du nombre « 12 » à propos de la récitation rituelle de la « wazîfa » sont inadéquates et même inintelligibles.

« La vérité est que la querelle entre les partisans des « onze grains » et des « douze grains » est tout à fait artificielle : ...

« ... il n'y a jamais eut au sein de la tarîqa « tijâniyya » d'autre obligation que celle de réciter onze fois la « wazîfa » [ qui désigne plutôt l'ensemble des invocations consacrées à la « Perle de Perfection ». ]

« La « douzième récitation » n'a d'autre origine qu'une anecdote relative à la vie du Cheikh Ahmad at-Tijânî – qu'Allâh soit satisfait de lui – qui rencontrant ses disciples au moment où ils terminaient les onze fois récita à son tour la [ « Jawharat al-Kamâl » ] : ...

« ... le symbolisme applicable n'est donc nullement celui du nombre « 12 » mais bien celui de la somme « 11 + 1 » – ce qui est bien différent [ mais dès lors qu'il ne s'agit que d'une « anecdote » on voit mal de quel « symbolisme » il pourrait s'agir ] : ...

« ... on le retrouve – du reste – [ dans sa dimension symbolique ]  à propos des mois de l'année islamique – le mois de Ramadan se distinguant des onze autres car il est le seul qui porte un nom divin [ ? ] – ...

« ... ainsi qu'à propos de Yûsuf et de ces frères [ où la douzième tribut d'Israël  celle de Joseph  se subdivise entre Ephraïm et Manassé en introduisant avec la treizième un symbolisme sidéral qui n'est pas sans rapport avec l'interprétation qu'en fait Hampaté Bâ. ]

Cf. Abd ar-Razzâq Yahyâ – L'héritage doctrinal de Michel Vâlsan  L'œuvre guénonienne à la lumière de l'islâm (2009)

Massignon a pu présenter Hallâj « comme une sorte de martyr chrétien » en toute bonne foi et Hampaté Bâ manquer de profondeur historiographique sans fausser « délibérément » son étude tendancieuse. On ne peut guère en dire autant pour la partie adverse.

L'autorité qu'elle prétend défendre réunit en effet ici « toutes les disgrâces » : celle de l'émir à l'encontre de la tarîqa et celle de la tarîqa à l'encontre du « Qutb az-Zaman ».

Il suffit de lire Hampaté Bâ qui est à notre connaissance le seul à en rendre compte pour s'apercevoir qu'il y a là tout autre chose qu'une symbolique des nombres dont les réalités métaphysiques échappent à leur contradicteur.

La décade et la monade qu'elles impliquent sont en rapport avec l'unité de l'Existence universelle et l'unicité du Principe suprême dont l'essence est au-delà de la dualité des principes qui régissent les catégories immanentes de l'ontologie.

Cette dualité de l'Être telle qu'elle apparaît dans la tarîqa autour de la question du nombre des invocations est accidentel mais Hampaté Bâ l'interprète comme un recouvrement de l'ésotérisme (11) par l'exotérisme (12) inhérent à son développement.

Cette une interprétation tout à fait intelligible et autrement plus bienveillante que le déplacement des nombres auquel se livre Charles-André Gilis en sortant d'un domaine de compétence somme toute assez restreint :

« ... une grande part des rites adoptés par Cheikh Mustafâ pour vivifier la spiritualité de ses disciples proviennent du « Maqâm shâdhulî » de Tunis. »

Nous ne croyons pas pour autant que le Cheik Mustafâ Abd al-Azîz ait été aussi borné.