mardi 10 février 2026

La pierre d'angle

...

Pour la troisième demeure du Kawthar d'al-aqq :

« [ La ] royauté [ du Roi du Monde ] est évoquée dans la première sourate du [ Noble ] Coran et dans la dernière (114) :

« ... dans la « Fâtiḥa » par l'expression « Mâliki yawm ad-Dîn » et dans la seconde sourate de protection par l'expression « Maliki an-Nâs ».

« Ces expressions se rapportent l'une et l'autre à la même fonction puisque le « Roi des hommes » est aussi le « Roi du Jour du Jugement » ou « de la Rétribution ».

« Cette fonction est envisagée en mode primordial et polaire dans la dernière sourate et mode conclusif et final dans la « Fâtiḥa ».

« Ce qui correspond à l'ordre inverse des sourates suivi dans la quatrième partie des « Futûḥât ». ]

Cf. Abd ar-Razzâq Yahyâ - L'héritage doctrinal de Michel Vâlsan - Remarques finales (2009)

« Les « demeures spirituelles » – « Manâzil » – constituent la quatrième section des Révélations mekkoises – « al-Futûḥât al-Makkiyya » – parmi les six que contient l'ouvrage.

« Elles comportent cent quatorze chapitres (de 270 à 383) ce qui suggère immédiatement un lien avec les sourates du [ Noble ] Coran qui ont le même nombre (114).

« Ce lien est confirmé par le Ckeikh al-Akbar – notamment au chapitre 27 : « Les [ sourates ] sont  une désignation courante des [ demeures spirituelles ] » ...

« ... et au chapitre 69 : « La Prière rituelle comporte nécessairement la récitation de la « Fâtiḥa » et d'une sourate coranique – c'est-à-dire d'une des cent treize [ autres ] demeures qui sont auprès d'Allâh. » [ ... ]

« La quatrième section des « Futûḥât » comporte cent quatorze chapitres. A chaque chapitre correspond une demeure et à chaque demeure une sourate coranique.

« La correspondance entre les demeures et les sourates s'établit en ordre inverse : le premier chapitre se relie à la dernière sourate (114) et le cent quatorzième chapitre à la« Fâtiḥa » - la sourate qui « ouvre » le Livre Saint. »

Cf. Charles-André Gilis - Introduction [ à la ] première [ des quatre ] clés des [ 114 ] demeures spirituelles dans les « Futûḥât » d'ibn Arabî (1991)

En faisant de Michel Vâlsan « l'intermédiaire unique entre René Guénon et le Cheikh al-Akbar » et en lui empruntant les « sept formes traditionnelles » de l'arc-en-ciel, Abd ar-Razzâq délimite l'extension de notre champ néo-akbarien comme suit :

- Abd al-Qâdir : islam > christianisme

Elîsh al-Kabîr ...

- Abd al-Wâḥid : islam > indouisme > taoïsme

Nûr ad-Dîn ...

- Abd al-Azîz : islam > christianisme > judaïsme > indouisme > bouddhisme > taoïsme

- Abd ar-Razzâq ...

Commençons par dire que le lien qui uni les deux premiers n'a rien d'évident et qu'il ne serait se passer de l'intermédiaire – Elîsh al-Kabîr – auquel est dédié le Symbolisme de la croix. Abd ar-Razzâq l'interprète plutôt comme un recours intéressé au thème maçonnique.

La liste des cultes n'est pas exhaustive puisque ces « formes traditionnelles » sont aussi qualifiées de « principales » et la septième correspond symboliquement à la couleur de synthèse qui résulterait de l'union des couleurs primaires et des couleurs secondaires.

L'orientation spirituelle d'abd ar-Razzâq ne laisse aucun doute sur ce qu'il faudrait qualifier ici de primaires dans cette perspective chromatique en considérant les formes secondaires comme de simples adaptations cycliques par rapport à sa réalité axiale.

Mais la place qu'occupe le taoïsme n'est guère explicitée dans cette imagerie où la relation complémentaire qu'entretiendraient l'indouisme et l'islam aux deux extrémités de cet axe suffit à la définir telle qu'elle se présente à nous dans la biographie de son promoteur.

Cette définition n'aboutit qu'à une intégration « informelle » et « céleste » qu'abd ar-Razzâq déconstruit lui-même par la suite en évoquant la forme primordiale de notre couleur de synthèse et sous son aspect « formel » et « terrestre » à la sharia de l'islam.

Abd ar-Razzâq envisage par ailleurs la nécessité dune adaptation cyclique de la forme islamique qui apparaît ici dans ce cas de figure à la fois comme l'une des composantes du prisme et comme sa synthèse. Ce qui peut paraître impossible :

« C'est pourquoi le Christ de la seconde Venue – [ le ] Sceau de la Sainteté universelle – accomplira sa fonction en s'appuyant sur la sharia de l'islam qu'il rétablira dans sa pureté première »

L'assomption de la Lumière muḥammadienne sous l'étendard de la Louange doit en quelque sorte faire passer la blancheur de l'aube qui correspond à sa couleur de synthèse à cette lumière incolore que la Perle de perfection identifie à l'éclat de la Perle noire.

Autrement dit, le prisme de sa lumière doit s'étendre aux infra-rouges et aux ultra-violets qui restent sous le seuil de notre visibilité la plus immédiate tant que nous nous tenons entre les ornières de nos confessions réciproques.

Il ne s'agit pas de les mélanger et il ne suffit pas de les juxtaposer mais il convient de les raffiner en élargissant les rives de leur embouchure où les berges s'identifient aussi pour nous aux gnoses mazdéennes et au jaïnisme du point de vue des fins dernières et des origines.

Car il faut bien qu'au début du jour qui succède à la nuit, la Lumière l'emporte sur les ténèbres et que la perfection de la forme humaine qui nous a été confiée soit réintégrée dans le prototype de sa réalité originelle.

Cf. Abd ar-Razzaq Yahyâ – L'héritage doctrinal de Michel Vâlsan – L'intermédiaire unique (2009) + l'Arbre de la Lumière – La Louange et le Monosyllabe Om (2012)

La contribution de Frithtjof Shuon à la perspective eschatologique du Cheikh Mustafâ quand elle s'exprime sous le nom pour le moins messianique d'Isâ Nûr ad-Dîn n'est écarté par Charles-André Gilis que par fidélité à la figure tutélaire de René Guénon :

« ... la fameuse étude sur les mystères christiques où Cheikh 'Isâ prend publiquement ses distances à l'égard de Cheikh Abd al-Wâhid paraît dans les Etudes Traditionnelles au moment même où Cheikh Mustafâ publie [ en 1948 ] sa première traduction akbarienne. »

La contribution la plus persistante de l'émir al-Jaziri qu'abd ar-Razzâq révère à travers ses « Poèmes métaphysiques » reste son opposition doctrinale à la fonction que le Sheykh Aḥmad at-Tijanî exerce sur la « Walayâ » du Sceau des saints muḥammadiens.

Pourtant cet escamotage systémique de la fonction du « Qutb al-Maktum » qui s'étend d'une façon plus erratique à celle du « Qutb az-Zaman » ne manque pas d'un certain nombre d'explicitations qui ne peuvent en définitive venir que de là :

La Louange de la « Ṣiraṭ al-Ḥamid » qui s'adresse au Prophètes de l'islam en l'identifiant à son Bien-Aimé - « al-Habîb » - l'identifie à la figure biblique du Joseph perdu quand il réapparaît parmi ses frères sous les traits quelque peu maçonniques d'un Grand Charpentier.

La pierre qu'ont rejeté les bâtisseurs est devenue la pierre d'angle mais le rattachement du « serviteur de la Vérité » à des « organisations initiatiques islamiques » ne signifie pas nécessairement son appartenance à la tariqa du Cheikh Abû'l-Ḥassan ash-Shâdhulî :

Michel Valsân « mentionne [ en 1953 dans un texte consacré à la fonction de René Guénon ] une « initiation islamique » qui eut lieu selon toute vraisemblance en 1910, année où Abd al-Hâdî [ le Moqadem du Cheikh Elîsh al-Kabîr eu Europe ] se rendit en France. »

Dans une exégèse du nom de Majesté qui décompose graphiquement les deux « Lâm » (30) de « Allâh » (66) en « Alif » (1) et « Nûn » (50), Abd ar-Razzaq le fait correspondre avec celui d'al-Ḥaqq (108) dont le nombre est celui de la sourate du « Kawthar » (108).

Le nombre de nos demeures compte tenu des cent quatorze demeures spirituelles qui leur sont consacrés est donc « 865 » compte tenu des trente que nous réservons aux hymnes homériques conformément au nombre des monogrammes coraniques.

Rappelons à ce propos que les septante-huit lettres isolées qui constituent ces trente monogrammes forment la Somme triangulaire du nombre douze que le Sheykh al-Akbar rattache aux septante-huit branches de la Foi qui les identifie au quatrième piller.

Ces demeures spirituelles (114) qui entretiennent un rapport formel avec les seize semaines (112) de l'apocatastase en-deçà des deux sourates de protection (2) ne peuvent correspondre aux 261 demeures célestes des vingt-huit lettres arabes.

Elles ne correspondent pas non plus aux 460 demeures terrestres qui recensent les jours (367), les semaines (52), les mois (13) et les mansions sublunaires (28) où ces lettres s'inscrivent :  « 460 + 261 + 114 + 30 = 865 ».

Ce recensement des demeures terrestres, célestes et spirituelles semble exhaustif et définitif.