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Pour la septante-huitième demeure du Kawthar d'al-Ḥaqq :
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« Pour comprendre ce que furent les origines de la religion chrétienne, il nous paraît indispensable de distinguer nettement trois états successifs : ...
1 - « celui de la mission terrestre et messianique du Christ au sein du Judaïsme ; ...
2 - « celui du Judaïsme chrétien après la mort du Christ ; ...
3 - « et enfin le Christianisme romain.
[ Nous pouvons adhérer à cette typologie sans réserve mais non sans constater que la mission du Christ au sein du Judaïsme n'impose pas qu'elle soit d'origine juive : elle suppose seulement sa réception dans un cénacle originel.
Ce cénacle est à priori celui du Baptiste – le Précurseur dont la bénédiction baptismale préfigure l'onction royale de Marie de Magdala dans la communauté du disciple bien aimé : Lazare dont l'identité est assumée par le Théologien qui rédige le nouvel évangile johannique.
La bénédiction et l'onction sont liées par le nom des lieux où elles s'accomplissent qui empruntent dans les deux cas celui de « Béthanie » en relation avec la manne qui caractérise la rosée à l'aube d'un renouvellement cyclique – la Rose que les Templiers ont lié à la Croix.
Le judaïsme chrétien est un judéo-christianisme qui caractérise la première des cinq ruptures paradigmatiques qu'Hans Kung aborde dans une herméneutique de la continuité (1994) et qui implique forcement dans l'ordre où elles sont données le Christianisme romain.
L'eschatologie apocalyptique du corpus johannique implique pour sa part l'Apôtre qui précède le Théologien du quatrième évangile sans se confondre avec l'Ancien qui rédige le second dans le sillage du Prince des apôtres – l'évangile synoptique de Marc.
Sans se confondre donc avec la tradition synoptique inaugurée par Matthieu qui caractérise cette rupture dès qu'il intègre dans les Actes des apôtres le corps apostolique des Douze mais non sans rappeler à l'ordre les communautés asiates fondées par l'apôtre Paul. ]
« Par cette dernière expression [ le Christianisme romain ] nous [ ne ] visons pas l'Eglise catholique romaine telle qu'elle existe en fait actuellement [ en 1986 ] mais bien celle qui fut fondée par saint Pierre et qui comprenait les grands patriarcats orientaux : ...
« ... tout d'abord Alexandrie et Antioche auxquels furent joints par la suite Constantinople et Jérusalem ; ...
« ... les deux premiers sont réputés avoir été établis par Pierre lui-même tandis que les seconds furent agréés plus tard par l'autorité romaine qui détenait seule la juridiction universelle représentée par le « pouvoir des clés ».
[ Si les trois sièges pétriniens ont bien été « fondés » par le Prince des apôtres au gré de ses pérégrinations, celui de Rome dont ils dépendent n'a été « établi » dans la capitale de l'Empire que par l'empereur Constantin avant qu'elle ne soit déplacée à Constantinople.
Avant cet établissement l'Eglise était à Arles en Provence et s'identifiait à la Communauté du disciple bien aimé et après ce déplacement Rome a du attendre saint Grégoire – le Grand Monarque prophétisé par saint Césaire – pour se remettre de ce déclassement.
Tenue d'agréer le Siège patriarcal de la Pentarchie byzantine, l'Eglise grégorienne lui oppose les trois sièges d'Occident dont Arles reste le premier avec Séville et Canterbury – le Siège œcuménique de Constantinople détenant en droit sa juridiction universelle.
Le « pouvoir des clés » n'est qu'une rhétorique ultérieure de « l'autorité romaine » qui en se revendiquant des prérogatives de Pierre et de Paul s'achemine irrémédiablement vers le grand schisme originel qui divise le Catholicisme et l'Orthodoxie. ]
« La promesse concernant ce pouvoir faite par le Christ au Prince des apôtres ne s'accomplit en effet dans toute sa plénitude que lorsque ce dernier prit possession de sa Chaire à Rome, établissant [ ... ] l'Eglise-mère dont allaient dépendre désormais toutes les autres. »
[ Pierre n'a pas pu se saisir d'une Chaire qui n'existait pas encore et qu'Ambroise est sans doute le premier à imaginer comme telle dans le cadre d'une charge apostolique qu'il assume à Milan tandis que l'Empire s'effondre de toute part sous les invasions barbares.
Saint Clément à Rome reste néanmoins le premier à paraître crédible pour cette charge qu'il assume dès la fin du premier siècle de l'ère chrétienne en initiant à la suite de Pierre et de ses assesseurs – Lin et Anaclet – la longue liste des 266 pontifes qui la revendique. ]
Cf. Charles-André Gilis – Introduction à l'enseignement et au mystère de René Guénon – Les origines de la religion chrétienne (1986)
