mardi 12 mai 2026

Le Temple de la tradition

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Pour la quarante-huitième demeure du Kawthar d'al-aqq :

« Le Temple de la Tradition – « Bayt ad-Dîn » – est gardé par quatre Piliers – « Awtâd » :

- au moyen du premier Allâh préserve la Foi – « Imân »

- au moyen du second, la Sainteté – « Walâya »

- au moyen du troisième, la Prophétie – « Nubuwwa »

- au moyen du quatrième, la Mission prophétique – « Risâla »

- au moyen de l'ensemble, la Tradition pure – « ad-Dîn al-hanîfî »

Cf. Le chapitre 73 des « Futûhât al-Makkiyya » du Sheykh al-Akbar

« Michel Vâlsan considère [ dans son étude sur les derniers hauts grades de l'Ecossisme ] que ce dernier terme [ « ad-Dîn al-hanîfî » ] se rapporte à « la Tradition primordiale et universelle avec laquelle l'Islam s'identifie en son essence », ...

« ... c'est-à-dire au Centre initiatique suprême.

« La hiérachie de ce Centre correspond elle-même au degré des « piliers du Temple » car ibn Arabî précise expressément que trois des quatre « Awtâd » considérés sont « le Pôle et les deux Imâms » et que le Pôle occupe symboliquement « l'Angle de la Pierre Noire ».

« Dès lors la question se pose de savoir si en vertu d'une similitude avec les cinq fondements « sur lesquels l'Islam a été bâti », il n'y aurait pas lieu d'envisager une fonction suprême située sur un plan supérieur aux quatre autres ...

« ... et distincte par conséquent aussi bien du quaternaire formé par la Foi, la Sainteté, la Prophétie et la Mission prophétique que de la hiérarchie du Pôle et des deux Imâms ?

[ Posée comme telle la question dont la réponse lui semble « indubitablement positive » est biaisée puisque le fondement qui transcende les quatre autres qu'on qualifie comme les piliers des œuvres – la Prière, l'Aumône, le Jeûne et le Pèlerinage – ...

... est précisément l'un des quatre piliers du Temple – le Témoignage qui s'identifie à la Foi dont l'identification avec la Pierre Noire l'oriente vers la station d'Arafa tandis que l'identification du Pôle en pose une seconde.

Or Charles-André Gilis ne répond ici qu'à cette seconde question en affirmant que le Pôle et la « Risâla » correspondent à l'Angle de la Pierre Noire en se référent à sa propre doctrine initiatique sur le Pèlerinage.

Il semble pourtant évident que l'Imâm du Tawhid commence ici par le quatrième Pilier en l'identifiant à la Foi pour remonter ensuite vers la Source à partir de laquelle le Pôle n'occupe que la troisième position qui se retrouve dès lors dans la position du second.

Cette façon de procéder met la Foi dans cette position de transcendance par rapport aux œuvres qui entretient sa proximité avec le Pôle qui s'identifie à la « Walâya ».

Cette évidence est néanmoins explicitement repoussée par Gilis qui l'identifie ensuite au Sceau des saints de Chodkiewicz où la doctrine de la « Walâya » constituerait « la clef de voûte de tout ce qui dans l'œuvre du Shaykh al-Akbar est d'ordre initiatique ». ]

« A propos du quaternaire des « prophètes vivants » correspondant aux quatre « Awtâd », Michel Valsan déclare en effet que « les quatre principes universels que ce quaternaire représente sont dans leur réalité essentielle un seul [ principe ] qui est le Verbe universel ...

« ... résidant au centre du Monde humain » et qu'inversement « ce principe unique manifeste ses attributs par les quatre fonctions primordiales qui apparaissent alors comme l'expression de quatre principes » qui sont justement ceux qui ont été mentionnés tout d'abord. »

Cf. Charles-André Gilis – René Guénon et l'avènement du troisième Sceau – La science des symboles (1991)

Nous ne pensons pas qu'il s'agit d'une simple querelle d'égo entre les positions respectives de Gilis et de Chodkiewicz : Gilis entend être fidèle à la Prophétie légiférante du Sceau des prophètes là où Chodkiewicz semble plus ouvert au renouvellement de la Tradition universelle.

Gilis s'inquiète en réalité dès 1990 dans l'ouvrage qu'il consacre à Marie de la « Beshara » à laquelle Chodkiewicz aurait fait allégeance à travers la « Ibn Arabî Society » d'Oxford à laquelle il prête « des fins anti-traditionnelles » et un « caractère pseudo-initiatique ».

Il ne semble pas pour autant avoir été tout à fait fermé à un renouvellement légitime qui apparaîtrait inéluctable dans le cadre d'un renouvellement cyclique dont la date est celle envisagé dans la correspondance de René Guénon avec Gaston Georgel – vers 2030.