mercredi 8 avril 2026

La disgrâce d'al-Gilis

...

Pour la trente-et-unième demeure du Kawthar d'al-aqq :

« Tout ceci  [ le récit de la Table Ronde dans la cinquième sourate ] est lié à la doctrine du Sceau des Saints qui repose sur la distinction de deux fonctions fondamentales : ...

- « ... celle du Sceau de la Sainteté muhammadienne, ultime détenteur des secret de la « risâla » universelle de celui qui fut « envoyé comme une miséricorde pour les mondes » ...

- « ... et celle du Sceau de la Sainteté « générale » – c'est-à-dire non spécifiquement muhammadienne « spécifique » ] – dont la science la science concerne plus spécialement le cycle humain « depuis Adam jusqu'au Jour de la Résurrection » ; ...

« ... le premier est figuré par le Coran Glorieux, le second par la Table Gardée. [ Ce qui en suppose une troisième que nous qualifions de parfaite, d'absolue ou d'universelle dont la réalisation ne se manifeste qu'après le jour de la Résurrection. ]

« La fonction du Sceau de la Sainteté générale est comprise dans la première et se rapporte uniquement à notre état d'existence : ...

« ... c'est celle du Christ de la seconde Venue qui clôturera cet état [ d'existence ] mais qui ne représente qu'un aspect de la fonction muhammadienne manifestée au Jour de la Résurrection.

L'équation devient évidemment impossible (2 = 3) mais à priori c'est le spécifique qui est compris par le général – le Coran Glorieux qui est inscrit sur la Table Gardée bien que la Table Gardée soit ici mentionnée par le Noble Coran.

La glorification du Noble Coran suppose également un état d'assomption qui ne peut être réalisé que par le Sceau d'une sainteté spécifiquement muhammadienne.

La Table Gardée comprend le Coran Glorieux et la Sainteté générale qui lui correspond est celle de la seconde venue du Christ pendant sa parousie. ]

« Par son universalité et sa transcendance [ la sainteté générale ] réalisera le passage de l'état humain à la vie future [ celle qui succède à la Résurrection. ]

« L'excellence du Prophète est le fondement de l'ésotérisme islamique. » [ Le sens de cette incise dont on comprend mal la fonction fait sans doute référence à la irat al-Ḥamid dont la louange aurait pour finalité la glorification du Sceau des prophètes. ]

« L'ignorance ou le rejet de la doctrine exposée ici entraîne une disgrâce particulièrement manifeste chez certains représentants de la « tariqâ tijâniyya » ...

« ... qui attribuent au cheikh fondateur de leur confrérie la qualité de Sceau des Saints d'une manière qui méconnaît la fonction suprême et incomparable du Cheikh al-Akbar.

[ La disgrâce d'al-Gilis n'atteint pas encore Massignon et Hampâté Ba mais elle frappe déjà certains membres de cette confrérie : non pas en raison de la fonction qu'ils attribuent à leur fondateur mais de celle qu'ils méconnaissent dans le cas du Skeykh al-Akbar. ]

« Selon eux, il n'y aurait qu'un seul Sceau des Saints et celui-ci ne pourrait être que le Cheikh Ahmad at-Tijânî. Pourtant, l'argument qu'ils avancent pour soutenir leur thèse n'entraîne nullement la conclusion qu'ils prétendent tirer.

[ C'est néanmoins celle qui ressort d'un récit visionnaire du Sheykh al-Akbar où il n'est question dans son cas que d'une ressemblance par rapport au Sceau que nous interprétons comme la situation particulière qu'il occupe dans son économie cyclique. ]

« Cet argument ] s'appuie essentiellement sur la réponse du Cheikh Ahmad à un de ses proches compagnons – le Sharîf Sîdî Muhammad al-Ghâlî.

« Le Cheikh ayant affirmé que « ses deux pieds étaient sur la nuque de tous les saints d'Allâh depuis la création du monde [ humain ] jusqu'au moment où l'on soufflera dans la trompe – c'est-à-dire au Jour de la Résurrection », ...

« ... Sîdî Muhammad lui fit remarquer que le Cheikh Abd al-Qâdir al-Gîlânî de Bagdad avait fait à son époque une déclaration semblable.

« Le Cheikh Ahmad at-Tijânî dit alors : « Ce qu'a dit le Cheikh Abd al-Qâdir était vrai mais il n'avait en vue que les saints de son temps ...

« ... alors que je dis moi que mes deux pieds sont sur la nuque de tous les saints d'Allâh depuis l'époque d'Adam jusqu'au moment où l'on soufflera dans la trompe ».

[ Charles-André Gilis déplace ici un problème réel  la méconnaissance de certains représentants de la Voie muhammadienne – sur une question secondaire tout en maintenant son inversion entre le général et le spécifique : ] 

« ... le degré de réalisation auquel [ le Cheikh Ahmad  fait référence est évidemment celui auquel correspond la fonction du Sceau de la Sainteté générale [ ... ] et ce degré est hiérarchiquement subordonné à celui du Cheikh al-Akbar. » [ ... ]

Cf. Charles-André Gilis – « Qâf » et les mystères du Coran Glorieux – Table Ronde et Sceau des saints (2006)

Le degré hiérarchique est induit par la question posée mais il ne saurait être question de subordination entre les deux sceaux qui se retrouvent sur la même estrade au niveau de la même station – celle de la Lumière bleue qui caractérise la station muhammadienne.

Cette hiérarchisation et cette inversion des fonctions sont d'autant plus inextricables que la Voie muhammadienne telle qu'elle apparaît chez certains auteurs élude la perspective eschatologique qui caractérise celles du « Qutb al-Maktum » et du « Qutb az-Zamân ».

C'est le Sceau des saints muhammadiens en tant que détenteur d'une sainteté spécifiquement muhammadienne qui assume la fonction du « Qutb al-Maktum » par rapport à laquelle celle du « Qutb az-Zamân » est nécessairement subséquente.

Quelque chose de similaire apparaît du côté des spécificités chrétiennes qui s'inscrivent dans le régime préservé de la sainteté générale en vue d'une sainteté universelle :

- Une sainteté générale typiquement franciscaine scellée pendant cinquante ans par le Padre Pio dans l'ordre des Capucins entre 1918 et 1968

- Une sainteté spécifique strictement pontificale scellée pendant trente-trois jours par le pape Luciani en 1978

La coïncidence entre la transverbération du Sceau de la sainteté franciscaine et l'investiture théorique du Pôle d'une sainteté spécifiquement muhammadienne cent onze ans avant leur échéance eschatologique est assez remarquable.

Les deux années qui les séparent entre 1918 et 1920 caractérisent précisément la fin du cycle adamique et le début des 112 ans que les généalogies bibliques accordent à Seth où la quarantaine paradisiaque ouvre après 1992 un nouveau cycle.

On peut par ailleurs mettre ces similitudes en rapport avec les deux dernières figures pontificales qui succèdent au pontificat émérite de Pierre le Romain sur un mode parodique dont on perçoit plus ou moins confusément l'aspect déficient.

   

    

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire