lundi 26 janvier 2026

L’étendard de la Louange

...

Pour la dix-huitième des vingt-huit mansions sidérales
comprenant les deux cent soixante et une sphères célestes :

« Pour en revenir à notre point de départ, on n'est nullement autorisé de ce que les plus anciens philosophes grecs ont précédé de plusieurs siècles l'époque d'Alexandre à conclure qu'ils n'ont rien connu des doctrines hindoues.

« [ À titre d'exemple mais il ne s'agit que d'un point de départ pour sa thèse ] l'atomisme longtemps avant de paraître en Grèce avait été soutenu dans l'Inde par l'école de Kenada puis par les Jaïnas et les Bouddhistes ; ...

« ... il se peut qu'il ait été importé en Occident par les Phéniciens comme certaines traditions le donnent à entendre ... [ Mais on voit mal comment les Phéniciens l'aurait transmis aux Grecs sans qu'ils l'aient tenu d'un tiers. ]

« ... d'autre part, divers auteurs affirment que Démocrite qui fut un des premiers parmi les Grecs à adopter cette doctrine ou tout au moins à la formuler nettement avait voyagé en Égypte et [ en ] Inde.

« Les premiers philosophes grecs peuvent même avoir connu non seulement les doctrines hindoues mais aussi les doctrines bouddhiques car ils ne sont certainement pas antérieurs au Bouddhisme ...

« ... et de plus celui-ci s'est répandu de bonne heure hors de l'Inde dans les régions de l'Asie plus voisines de la Grèce et par suite relativement plus accessibles.

« Cette circonstance fortifierait la thèse fort soutenable d'emprunts faits non pas certes exclusivement mais principalement à la civilisation bouddhique [ dont le « principe d'unité » ne nous est pas encore donné par le corpus guénonien, ] : ...

« ... ainsi s'expliquerait en particulier le fait que la plupart des philosophes physiciens n'ont admis que quatre éléments au lieu de cinq.

« Ce qui est curieux en tout cas, c'est que les rapprochements qu'on peut faire avec les doctrines de l'Inde sont beaucoup plus nombreux et plus frappants dans la période ante-socratique que dans les périodes postérieures ; ...

« ... que devient alors le rôle des conquêtes d'Alexandre dans les relations intellectuelles des deux peuples ?

« En somme, elles ne semblent avoir introduit en fait d'influence hindoue que celle qu'on peut trouver dans la logique d'Aristote [ ... ]

« ... ainsi que dans la partie métaphysique de l’œuvre du même philosophe pour laquelle on pourrait signaler aussi des ressemblances beaucoup trop précises pour être purement accidentelles. » [ ... ]

« Après Aristote, les traces d'une influence hindoue dans la philosophie grecque deviennent de plus en plus rares sinon tout à fait nulles ...

« ... parce que cette philosophie se renferme dans un domaine de plus en plus limité et contingent, de plus en plus éloigné de toute intellectualité véritable ...

« ... et que ce domaine est pour la plus grande partie celui de la morale se rapportant à des préoccupations qui ont toujours été complètement étrangères aux Orientaux.

« Ce n'est que chez les néo-platoniciens qu'on verra reparaître des influences orientales et c'est même là qu'on rencontre pour la première fois chez les Grecs certaines idées métaphysiques comme celle de l'infini.

« Jusque là – en effet – les Grecs n'avaient eu que la notion de l'indéfini et – trait éminemment caractéristique de leur mentalité – fini et parfait étaient pour eux des termes synonymes ; ...

« ... pour les Orientaux – tout au contraire – c'est l'infini qui est identiques à la Perfection.

« Telle est la différence profonde qui existe entre une pensée philosophique – au sens européen du mot – et une pensée métaphysique ; ... ».

Cf. René Guénon – Introduction générale à l'étude des doctrines hindoues – Considérations préliminaires – Les relations des peuples anciens (1930)

Définition de la métaphysique qui n'a guère de sens en-dehors d'une économie cyclique qui transcende les catégories du fini et de l'infini dans la perpétuité de ses révolutions.

Guénon n'évoque ici que la troisième des cinq ruptures paradigmatiques qui dénaturent la tradition chrétienne du point de vue de ses origines :

1. la rupture apostolique contre la gnose syro-phénicienne

2. la rupture patristique contre la monarchie orthodoxe

3. la rupture scolastique contre les gnoses platoniques

4. la rupture pontificale contre l'augustinisme épiscopal

5. la rupture moderniste contre la monarchie pontificale

Hans Küng (+ 2021) théorise une série de six paradigmes qui recouvrent en partie les nôtres mais en les situant dans une éthique de la continuité en vue de la réalisation d'un idéal démocratique.

Cet idéal souscrit à la confusion d'une plèbe laïque avec une aristocratie démocrate qui relève d'une inversion des catégories politiques.

Cf. Hans Kung – Das Christentum. Wesen und Geschichte (1994)

« Il est remarquable que le terme « liwâ' » donne lieu à une distinction analogue [ à celle où l'Esprit de Muḥammad demeurait régi par le nom divin [ « al-Bâṭin » ] ...

« ... et celle où il est uni à la manifestation corporelle du Prophète universelle qui marque le début d'un cycle nouveau régi par [ « aẓ-Ẓâḥir » ] [ qui lui succède. ]

« En effet, la donnée traditionnelle rapportée par ibn Arabî dans le texte cité fait état d'un Étendard unique alors qu'au chapitre 338 des « Futûhât » qui traite de la Demeure relative à la première des sept sourates consécutives appelées « ḥawâmîm » ...

[ Il s'agit des sourates 40 à 46 caractérisées par les Lettres isolées « Ḥâ-Mîm » dont la valeur anagogique est celle des 99 Noms divins à l'exception notable de la troisième d'entre-elles (42) qui confirme sa position polaire. ]

« ... il est question en correspondance avec chacune de ces sourates de sept étendards également appelés « les étendards de la Louange » – « al-alwiyât al-Ḥamd » : ... [ Abd ar-Razzâq donne ici vingt ans plus tard la clef du titre de l'étude qu'il consacre au Califat. ]

« ... ils seront remis au Prophète lorsqu'il sera établi à la Station louangée et aussi à ses héritiers muḥammadiens [ parmi lesquels Abd ar-Razzâq reconnaît le Cheikh al-Akbar comme le plus éminents ...

... mais il est clair que l'héritage muḥammadien engage toute la triade aḥmadienne caractérisée par la Station du Sceau des saints investie par le Sheykh Aḥmad at-Tijanî. ]

« Sur les étendards figurent les [ 99 ] Noms d'Allâh par lesquels le Prophète louangera alors son Seigneur selon des modes – « mahâmid » – dont il a dit lui-même : « Je ne les connais pas parfaitement. »

[ La Station louangée évoque la « Anâniyya » qui désigne la théophanie du « Moi » dans trois des trente-six attestations coraniques de l'Unité divine sous la forme : « Lâ ilahâ illa Anâ » – cf. S 16 V 2 et S 20 V 14 + S 21 V 25.

Cette Station suprême qui est celle de l'identité transcendante appartient au Père – Abba Râ-Amon – au Fils – Abba Râ-Mosis – et à l'Esprit – « Rûh min Huwa » – qui désigne le « Kalimatu'Llâh – 'Isâ ibn Maryam – cf. S 4 V 171.

Dans cette triade, c'est le Christ qui occupe la position polaire du tiers conformément aux annonces eschatologiques du Prophète qui s'identifie ici au quatrième pilier à la suite de la figure mythique d'al-Khidr.

Cette trinité théophanique préfigure celle dont l'apôtre Pierre – l'Abben araméen du Céphas grec – et le fils de la Mère de Dieu identifié au disciple bien-aimé se sont distribués les rôles avant que le dogme de la théologie patristique ne les définissent. ]

« Ibn Arabî ajoute qu'à chacun de ces modes [ de manifestation ] correspondra « une demande d'intercession auprès d'Allâh » et rappelle que l'Envoyé d'Allâh sera établit à cette Station par son nom « al-Ḥamîd ». [ ... ]

« Rappelons que l'unité envisagé au centre [ du ] monde [ intermédiaire où l’Étendard du Prophète est levé ] est figurée par le nombre « 100 » dont le symbolisme se retrouve dans les sept sourates « hawâmîm » : ...

« ... à l'exception de la sourate « ash-Shûrâ » [ la troisième ] chacune d'entre-elles est représentée par le nombre « 99 » qui dans ce contexte apparaît comme l'équivalent de « 100 - 1 ». [ « (8 + 1) + (40 + 10 + 40) » = « 99 » = « Hâ – MîM » ]

« Cette sourate [ qu'Abd ar-Razzâq identifie au centre des six directions de la croix tridimensionnelle ] se distingue des six autres par l'ajout de trois Lettres isolés [ au deuxième verset ] : le « 'ayn », le « Sîn » et le « Qâf ».

[ Les sept étendards ont ici la même fonction que les sept tonnerres qui accompagnent la révélation apocalyptique du petit livre de saint Jean dont le goût est doux comme le miel à ses lèvres et amère dans ses entailles – cf. Ap X 1-11.

Ce petit livre représenté par la césure du troisième (3 + 7) parmi les dix commandements scelle les sept boules de cristal qui se brisent avec le tonnerre dans une association d'idée que rappelle autant le « Vajra » tibétain que le tintement des anges du « Trisagion ».

Cette représentation qu'on retrouve généralement sur nos chaires de Vérité est une inscription que le Noble Coran signale à l'entrée de la Caverne des sept dormants où les boules de cristal qui se brisent pourrait n'être qu'autant de traditions – cf. S 18 V 9.

La douceur du miel semblable au Soleil ne serait alors que l'annonce dominicale de la Résurrection tandis que l'amertume de l'étoile absinthe rappelle l'armoise et l'anis d'Artémis devenue avec Marie notre avocate à l'heure du Jugement.

« Mais Dieu connaît mieux leur nombre » – trois, cinq ou sept avec leur chien – renvoi ici encore vers la décade d'un décalogue où le chien parmi eux occupe le centre polaire de l'étoile Sirius et la césure du cœur si tu es de ceux qui ont connu l'Amour. ]

« Ibn Arabî marque la transcendance de cette sourate [ « ash-Shûrâ » ] utilisant un mode calcul différent [ du mode anagogique précédent. ]

« Pour obtenir le nombre « 770 » correspondant à la somme de ces trois lettres, il recourt non à leur valeur développée comme il le fait pour le couple « Hâ – MîM » mais bien à leur valeur intrinsèque : « 'ayn + Sîn + Qâf » = « 70 + 600 + 100 » = « 770 ».

[ Abd ar-Razzâq justifie cette différence de méthode par le fait que ces cinq lettres sont réparties sur deux versets différents (2 + 3) contrairement au monogramme de cinq lettres qu'on trouve au premier verset de la sourate de Maryam (19). ]

« Les deux nombres « 99 » et « 770 » sont des multiples de « 11 », ce qui fait référence au Mystère divin – « al-Ghayb » – et au [ Pro ] nom « Huwa » [ où la conjonction du « Hâ » (5) et du « Wâw » (6) est celle du microcosme (5) et du macrocosme (6). ]

« Il serait sans doute présomptueux d'indiquer les raisons pour lesquelles la sourate « ash-Shûrâ » apparaît comme transcendante et axiale au sein de l'ensemble ...

« ... mais on peut remarquer tout de même que le passage final contient le verset (52) qui se rapporte à la Science illettrée.

[ Nous avons au contraire la présomption de les indiquer en mentionnant la place qu'elle y occupe en troisième position.

L'évocation onirique d'un cheveux sur sa langue amène ibn Arabî vers un rapprochement surprenant avec la chevelure d'une houri qu'il identifie aux poètes – « ash-Shu'arâ' » – dans les fragments d'un Soleil qui vient vers lui. ]

« Il est dit aussi que le Prophète guide les hommes vers la Voie d'Allâh – « îlâ Sirât Allâhî » – la Voie universelle qui sous sa modalité initiatique est figurée par [ l’Étendard de la Louange – ] « al-Liwâ' al-Hamd ».

Cf. Abd ar-Razzâq Yaḥyâ – L'arbre de Lumière et la Tradition universelle – L’étendard de la Louange (2012)

   

    

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