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Pour la trente-sixième demeure du Kawthar d'al-Ḥaqq :
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« Dans une lettre inédite datée du 14 juillet 1937, René Guénon écrit : ...
« Shamharûsh [ le chef des djinns ] n'est ni un ange ni un archange, ... [ Il ne saurait être question par conséquent de lui attribuer une identification que nous réservons aux trois grues couronnées. ]
« ... c'est le roi des djinns « mu'minîn » – « croyants » – ce qui est tout différents ; ...
« ... quand à l'origine de son nom, je n'en ai jamais vu aucune explication. [ Il semble néanmoins évident qu'il désigne un esprit solaire. ]
« Il paraît d'ailleurs qui est mort – passé à un autre état [ d'existence ] – et que le roi actuel est Maïmûn – si bien que nombre de magiciens qui ignorent ce changement s'entêtent à répéter en vain des formules qui ont perdu toute efficacité ! »
« Il n'est pas sans intérêt de signaler que le nom de Shamharûsh est connu tout aussi bien au Maghreb que dans la région soudanaise ...
« ... et que des récits circulant dans cette région mentionnent le mariage d'une « Maïmûna – fille de Shamharûsh » – avec un important génie titulaire ...
[ « Maïmun » dont le nom semble en rapport avec son statut de « mu'minîn » – celui du « minime » dont la qualification deviendra celle du « mineur ». ]
« ... survenu en 1922 ou 1923 sur les bords du fleuve Niger. Cf. Youssouf Tata Cissé et Wâ Kamissoko – Soundjata. La gloire du Mali. »
[ On serait par conséquent devant une variante « négro-africaine » de la transmission cyclique entre Adam et Seth où « Maïmun » occupe la fonction du « Qutb az-Zaman ». ]
Cf. Charles-André Gilis – Aperçus sur la doctrine akbarienne des djinns – Remarques circonstancielles (2005)
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Charles-André Gilis profite de ces remarques circonstancielles pour caractériser le « djihâd » du Sheykh Omar al-Fouti qu'il juge « ambigu » et « révélateur ».
Cette ambiguïté qui s'étend dans sa préface à la « Qâdiriyya » et à la « Tijâniyya » qui ne transmettraient pas « la doctrine véritable » [ celle du Sheykh al-Akbar ] serait celle des organisations islamiques en relation avec les « élites initiatiques » négro-africaines.
La Shâdûlîyya semble toutefois avoir plutôt bénéficié de cette relation puisque son Cheikh a sa sépulture à Humaythara aux confins de la Haute-Egypte et de la Nubie et qu'il aurait d'après René Guénon réalisé une transmutation alchimique à Alexandrie.
Cette transmutation précise-t-il se serait faite sans avoir recours à aucune opération matérielle ni à aucun « moyen d'ordre psychique » – ce qui écarte toute « magie » – uniquement par l'effet de sa « baraka » – de son « influence spirituelle ».
Il serait sans doute plus simple de signaler que le Sheykh Abû'l-Hassan ash-Shâdûlî semble avoir eut accès à ce genre de ressource dont il aurait fait bénéficier le Sultan mais on comprend aussi l'intérêt symbolique dont Gilis espère à son tour tirer profit.
On assiste à la genèse d'une tentative de détournement subtile mais avérée de l'influence générale – celle des voies initiatiques négro-africaines et celle du « tasawwuf » islamique – au profit d'une voie particulière à laquelle il finit par s'identifier.
Celle du Sheykh Omar al-Fouti dont la finalité s'occulte dès 1862 et celle du Sheykh Ahmad at-Tijânî qu'elle prolonge s'apparente dans sa filiation à une « Khalwatiyya » dont la source transcendante reste celle du Prophète par une inspiration sans intermédiaire.
Sa finalité – c'est-à-dire son occultation – est celle d'une échéance eschatologique qui fait précéder l'avènement général de la Sainteté universelle du fils de Marie par celui du « Qutb az-Zamân » et dans le royaume des djinns par celle de « Maïmun » – le Croyant.
Mais nous croyons également que le « regard phénoménologique » que Guénon s'invente pour aborder le domaine initiatique peut être interprété avec Gilis comme une modalité de la vision prophétique dont bénéficie le « maqâm » de la Proximité.
Et même les limites qui peuvent nous apparaître à posteriori comme des œillères dans la mesure où elles épousent celles qui caractérisent les milieux auxquels elle s'adresse peuvent relever d'une certaine forme de Sagesse – celle de la ruse d'al-Latîf.
Sa subtilité est alors comblé par Sa bonté dès qu'elle emprunte des voies détournées : suivre la Voie a dit Lao-Tseu, c'est s'en écarter. S'en écarter, c'est y revenir.
La Voie n'est plus ici celle du juste milieu sur laquelle il est toujours possible de s'égarer dans les méandres de ses contingences mais celle d'une élévation qui en définitif reste sans détour.

https://www.youtube.com/watch?v=94Hz2TEWW18
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