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Pour la vingt-quatrième demeure du Kawthar d'al-Ḥaqq :
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« Il nous faut à présent mettre en lumière l'analogie remarquable qui existe entre [ la ] constitution tripartie du Temple de Jérusalem [ le Parvis, le Saint et le Saint des Saints ] et les principales étapes de la formation de l'Eglise chrétienne ...
« ... marquée par la prédominance successive de trois villes : Jérusalem, Antioche et Rome.
[ L'analogie est récurrente chez Abd ar-Razzaq mais bancale du point de vue de l'historiographie officielle : Jérusalem n'est que le cinquième siège de la Pentarchie byzantine et Alexandrie le deuxième siège pétrinien de l'Eglise romaine. ]
« Jérusalem est le point d'origine de cette formation : c'est là que l'Esprit Saint – fondateur et inspirateur de l'Eglise du Christ – se manifeste aux Douze réunis autour de Marie.
[ En faisant de l'Esprit Saint le fondateur de l'Eglise du Christ, Abdr ar-Razzâq s'inscrit dans une théologie médiévale qui fait procéder le Père et le Fils du Saint Esprit. Ce qui n'est pas sans rapport avec une genèse méconnue du Protestantisme par le Libre Esprit.
Le caractère chevaleresque puis maçonnique de cette théologie autorise une archéologie où les Personnes qui procèdent de l'Esprit pourraient être identifiés à Moïse et à Abraham dans une exégèse vétérotestamentaire puis à Pierre et à Jean sur son versant judéo-chrétien.
Elle persiste par conséquent en marge de la théologie byzantine élaborée par les Pères de l'Eglise sur laquelle s'opposent les catholiques et les orthodoxes et se présente comme un archaïsme dans l'ecclésiologie byzantine induite par cette analogie. ]
« Ceux-ci [ les Douze ] représentent une hiérarchie céleste et solaire, la Vierge figurant parmi eux dans cette circonstance l'œil du Soleil – « 'ayn ash-Shams » [ qu'abd ar-Razzâq interprète comme une théophanie de l'Autorité traditionnelle qui se serait substituée à celle du Christ.
Cette théophanie qu'il identifie à la Pentecôte et aux « langues de feu » que l'exégèse néotestamentaire attribue à une manifestation du Saint Esprit correspondrait en effet à la figure scandinave de Mara qui ne serait pas étrangère à l'origine galloise des Galiléens.
Mais elle pourrait n'être que la représentation syro-phénicienne d'une figure égyptienne ou yéménite dont l'archétype solaire serait celui d'Abraham dans la prophétologie d'un Patriarche qui présiderait à une théologie trinitaire vétérotestamentaire. ]
« Antioche est la ville de la naissance du christianisme, c'est-à-dire le lieu où celui-ci apparaît pour la première fois comme une forme traditionnelle indépendante du judaïsme car c'est là que « les disciples reçurent le nom de chrétien » – cf. Actes XI 26.
[ Indépendante du judaïsme saducéen mais sous l'emprise d'une autorité apostolique judéo-chrétienne qui s'exerce désormais sur la gnose syro-phénicienne dont elle est issue. ]
« C'est aussi [ le lieu ] de la manifestation des Sept qui représentent le monde intermédiaire : ce qui correspond historiquement [ dans son analogie ] à l'apport de la Grèce dans la formation de la religion chrétienne ...
« ... car si les Douze sont des Juifs, les Sept sont des Grecs. [ Ce qu'abd ar-Razzâq semble identifier par la suite à une ligne de démarcation entre l'ésotérisme et l'exotérisme. ]
« Enfin la ville de Rome [ est le ] siège du gouvernement de l'Eglise visible exercé par le Vicaire du Christ sur la Terre » [ qu'abd ar-Razzâq compare au Calife pour l'exercice de la lieutenance du Prophète légiférant et au Saint des Saints.
Abd ar-Razzâq établit ensuite un parallèle avec les sept sacrements pour justifier l'absence ou la perte d'une puissance qu'ils ne tiendraient que du Saint Esprit mais dont nous savons qu'elle nous vient aussi d'une onction que le Christ reçoit à Béthanie.
On trouve d'ailleurs ici un doublon et deux Béthanie en rapport avec la manne du désert qui correspond à la rosée du matin manifestée au baptême par un geste de bénédiction et réitéré pour la confirmation de son ordination sous l'imposition d'un saint chrême.
Si la Mère de Dieu préside à l'effusions de l'Esprit Saint, c'est le Baptiste et Marie de Magdala qui dispensent au Christ les viatiques de la grâce qu'ils tiennent de sources indépendantes en amont de l'acte fondateur qui établit la communauté apostolique de Jérusalem.
La première de ces sources est à mis chemin entre une expression érémétique de la vie cénobitique des saducéens réfractaires retranchés à Qumran et la vie aborigène des cananéens du Jourdain en Galilée.
La seconde est une expression religieuse de la voie royale ou princière qui identifie la prêtrise d'un culte mazdéen établie sur le Carmel aux confins de la Phénicie et de la Samarie sous l'Arbre de la limite – le « Sidratu'l-Muntahâ ».
Cet arbre qui au Liban est un Cèdre est décrit par la nomenclature islamique comme un Lotus dont nous savons qu'il désigne dans l'historiographie orientale du Bouddhisme quelque chose de tout à fait comparable au cycle du Phénix de Phénicie à Sidon.
L'image topographique la plus immédiate de cette limite arboricole ne peut cependant que désigner la cime d'une haute montagne qui ne peut correspondre aux sommets érodés du Carmel ou du Tabor puisqu'elle désigne l'Hermon et les sources du Jourdain. ]
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« ... au sein de l'ordre des possibilités constitué par [ les ] figures [ géométriques qui illustrent la répartition des domaines ] il est évident que le cercle réalise une perfection unique qui fait défaut à toutes les autres formes, ...
« ... y compris le carré, le triangle et le pentagone ; ce qui explique l'importance que revêt le cercle avec son point central dans le symbolisme universel. »
Cf. Abd ar-Razzâq Yahyâ – René Guénon et la Tradition islamique (2001)
En réalité, le carré et le cercle sont des figures équivalentes du point de vue des degrés (360°) qui correspondent à la décade (10) et à son carré (10²) tandis que le triangle qui représente leur moitié (180°) reste avec le nombre du pentagone (5) un symbole du centre.
La quintessence de ce symbole est donc celle du point qui organise avec l'unité sa circonférence et cette circonférence est avec sa décade celle du corps apostolique originel avant qu'on y ajoute le premier des quatre en doublant la part de l'un d'entre eux.
Le premier des quatre – Mathias ou Matthieu – prend la place de Juda Iscariote et celui qui se dédouble avec l'extériorisation du symbole duodécimal est avec Jude Thomas le didyme de Jésus que le Noble Coran identifie à Dhû'l-Kifl.
La valeur des Dix et celle des Quatre ont ici la même équivalence que leurs figures géométriques qui est aussi celle du Sceau de Salomon avec ses deux triangles quand ce qui est en bas – la sphère sublunaire – est comme ce qui est en haut – la sphère solaire.
Dans cette réciprocité, la sphère sublunaire peut par conséquent être représentée par un carré qu'on retrouve en astrologie dans une représentation des douze maisons zodiacales qui correspondent ici à nos lunaisons synodiques (12) avec leurs mansions sidérales (28).
Ces lunaisons synodiques en correspondance avec leurs maisons zodiacales représentent à leur tour pour nos douze apôtres les douze tribus d'Israël réunies à Jérusalem autour de la Mère de Dieu pour la Pentecôte.
On peut donc recourir à la triple effusion de Vie, d'Amour et de Lumière qui actualise la Tradition primordiale pour décrire les degrés de l'initiation qui président à l'assomption du Christ vers son ascension céleste :
- Le premier degré correspond à son baptême dans le Jourdain par un Précurseur qui assume la lieutenance du Vivant pour un rite de purification et de bénédiction
- Le deuxième degré correspond à l'onction du Christ à Béthanie par Celle qui a aimé Jésus dans le caveau de Lazare pour un rite de mortification et de résurrection
- Le troisième degré correspond à une effusion de lumière dans les langues de feu pour un rite de diffusion et de remémoration
Les sacrements de l'initiation – le Baptême, la Confirmation et la Communion – sont les réceptacles de cette remémoration.

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