jeudi 4 juin 2026

La puissance du Tigre

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Pour la cinquante-neuvième demeure du Kawthar d'al-aqq :

« ... les changements opérés dans l'architecture de la Ka'ba à l'origine de l'Islam [ Gilis évoque l'époque du Prophète ] devinrent possible ...

« ... uniquement après que le Serpent qui actualisait la puissance de la « Sakîna » [ la Présence divine ] dans les fondations de l'édifice eut été enlevé par un oiseau semblable à un aigle.

[ L'élévation du Serpent par l'Aigle n'est qu'une métaphore corrompue par le thème de l'enlèvement qui n'évoque qu'une intervention du Prophète sur la gouvernance de l'Islâm semblable au récit de l'insertion de la Pierre noire dans l'angle de l'édifice.

Il y aurait donc une sorte d'analogie entre l'Aérolite obscure et le Serpent à plume qui sont des désignations symboliques de l'Intelligence prophétique en correspondance avec les échéances cycliques qui déterminent des manifestations récurrentes. ]

« Cet épisode symbolise la disparition de cette puissance terrestre [ celle du Serpent ] au bénéfice d'une force purement intérieure et spirituelle [ celle de l'Aigle ]

[ Les pôles de la Puissance latente et de la force active sont inversés et bien évidemment cette force n'a pas disparue comme l'indique Gilis quand il évoque la bataille de Badr en y voyant l'intervention miraculeuse des Armées célestes.

Ces Armées célestes sont représentées ici comme celles des anges mais il s'agit plutôt de l'Esprit des prophètes qui assiste les 313 compagnons du Prophètes  ce qui confirme notre interprétation où c'est l'Intelligence prophétique qui oriente et qui domine la force militaire.

« Celle-ci [ cette force purement intérieure et spirituelle que nous qualifions d'Intelligence prophétique ] fut seule à soutenir et à confirmer l'Islam naissant ; [ ce qui indique que le nombre des Compagnons (313) ne peut être considéré comme celui des prophètes. ]

« ... d'autant plus que la forme islamique comporte de toute évidence des implications d'ordre temporel [ que Jean Robin (+ 2024) lui reprochait dans une interprétation tendancieuse de sa métaphore ] ...

« ...  ainsi qu'un appel à la Guerre sainte inséparable d'un certain côté guerrier [ qui démontre que la force qu'elle canalise n'a pas disparue de ses fondations ] ; ...

« ... dans plusieurs rites, elle utilise même des éléments d'ordre psychique comme dans l'immolation des victimes et la lapidation des stèles qui se rattachent l'une et l'autre au symbolisme de Minâ. »

[ L'immolation n'est évidemment qu'une illustration de cet élément psychique symbolisé par la lapidation des stèles de Minâ qui rend par ailleurs le rite du Pèlerinage à La Mecque si peu attractif d'un point de vue strictement spirituel.

Mais on pourrait faire le même genre d'objection pour un rite eucharistique qu'on aurait réduit à une scène de cannibalisme en ignorant sa dimension transcendante. Gilis poursuit au contraire une vision irénique de l'Islâm qu'on ne saurait lui reprocher.

Pour illustrer son propos, il se réfère à ce qu'enseigne Ibn Arabî au sujet du cinquième ciel qui dans la hiérarchie des cieux planétaires est celui de la planète Mars – le Mardi – quand le Soleil est au centre du septénaire qui les répartit : ]

« La science du gouvernement [ qui ] lui est attribuée [ est ] celui de Dâwûd. Cependant le prophète habituellement mis en correspondance avec ce Ciel et qui en a la charge est [ le prophète ] Hârûn. »

[ Gilis s'en étonne du fait de l'absence de caractère martial d'une spiritualité que la rahmâniyya d'ar-Rahmân attribue explicitement dans le Noble Coran au frère de Mûsâ « Nous lui donnâmes son frère Aaron comme prophète » – cf. S 19 V 53.

C'est dont à celui qui régit le ciel de Jupiter – le Jeudi – qui faudrait attribuer ce sacerdoce providentiel  celui d'Aaron  grâce auquel son régisseur  Moïse  renonce à l'usage de la force qui caractérise la fonction royale de David dans le ciel qui lui correspond.

Il y a là comme une réciprocité des fonctions sacerdotale et royale dont Moïse et Aaron sont les modèles que le royaume de David met en application. Guénon dans sa chirologie de l'ésotérisme islamique (1932) n'en fait pas mention. ]

Cf. Charles-André Gilis – Marie en Islam – La Puissance du Tigre (1990)

   

    

mardi 2 juin 2026

La Tawba d'al-Wadûd

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Pour la cinquante-huitième demeure du Kawthar d'al-aqq :

« Un autre paradoxe de l'Amour est le suivant : c'est l'Amant [ et ] non l'Aimé qui est le serviteur.

« L'Aimé agit comme il lui plaît car il possède le droit et l'autorité sur l'Amant ; ...

« ... celui-ci accepte le gouvernement de l'Aimé et fait ce qu'Il désire.

« Ibn Arabî se réfère sur ce point au passage coranique – cf. S 85 V 14 à 16 :

« Il est Celui qui pardonne complétement

« al-Wadûd »

le Possesseur du Trône Glorieux

faisant universellement ce qu'Il veut. »

« ... qu'il interprète de la manière suivante [ dans le chapitre 558 des « Futûhât » ] :

« Il est Celui qui aime » [ et ] en même temps, « Il fait universellement ce qu'Il veut » : ...

« ... il est donc aussi Celui qui est aimé car celui-ci fait ce qu'Il veut de Celui qui L'aime ; ...

« ... ce dernier l'écoute [ et lui ] obéit, se prépare à faire ce que veut de Lui Son Bien-Aimé car Il est Celui qui aime d'un amour constant en vue de se plier aux exigence et aux condition de l'Amour.

« L'essence est unique : Celui qui aime « al-Wadûd » – est également Celui qui fait universellement ce qu'Il veut !

« Considère la merveille de cet enseignement divin et dis – cf. S 20 V 114 :

« Seigneur ! Fais moi croître en Science ! »

Cf. Charles-André Gilis – Marie en Islam – Les paradoxes de l'Amour (1990)

« Wadûd » est par ailleurs l'anagramme de « Dâwûd » dans la langue syriaque de la Tradition primordiale auquel Charles-André Gilis a consacré dès 1976 une première étude pour sa traduction des « Fusûs al-Hikam » du Sheykh al-Akbar (1998).

On peut donc considérer que c'est avec son amour qu'il a conjoint les luminaires représentés par Salomon dont le nom comprend déjà cette conjonction du Soleil avec la Lune représentée par la reine du Midi la Souveraine de l'empire sabéen à son apogée.

Cette conjonction se fait dans le Noble Coran au Nom du Dieu Clément et Miséricordieux de l'entête liminaire qui ouvre toutes les sourates et l'épitre que le roi Salomon adresse à la reine de Saba sous l'effet d'un repentir qui en prive la neuvième sourate « at-Tawba ».

Par ailleurs, on ne peut qu'être frappé par l'identité de ce paradoxe où l'Aimé contraint l'Amant par l'effet de son Amour avec les justifications mystiques de « la petite voie » ouverte par Thérèse de l'Enfant Jésus de la Sainte Face à la fin du XIXe siècle.

Toute proportion gardée, on doit se souvenir que la piété musulmane attribue déjà depuis ses origines au Sceau des prophètes le nom de ce Bien-Aimé « al-Habîb » – qu'il tient de ce précurseur – Dâwûd – dont Dieu à fait son Calife parmi les tribus d'Israël.

Il y a donc par là une voie qui s'ouvre vers un Califat muhammadien qui n'est pas seulement celui de la Parousie du Christ pour une « walaya » universelle mais aussi celui d'une intercession du Sceau des prophètes qui préfigure toute la démesure de son immensité.

Bethsabée la Mère de Salomon – était littéralement le Maison sabéenne du roi David et comme telle la préfiguration de son Temple à Jérusalem pour Melkiseddeq – le Temple des luminaires et du roi de Justice.

Garde Le secret et ne soit pas présomptueux devant Lui !

Nous n'enseignons que le Repentir :

« at-Tawba »

Faites tout ce que l'Esprit vous dira.