...
Pour la cinquante-quatrième demeure du Kawthar d'al-Ḥaqq :
● ● ●
« Huwa Allâh al-Wâhid al-Qahhâr »
S 39 V 4
●
On retrouve ici la première des six vignettes composées de trois points diacritiques qu'on trouve également à cinq reprises dans le chapitre « 165 » et encore une fois au-dessus du dernier paragraphe dans le commentaire d'un texte d'ibn Arabî.
On trouve donc trente-six points diacritiques qui sont sans pareil dans l'œuvre du Sheykh Abd ar-Razzâq tandis que le texte d'ibn Arabî traite du rapport singulier que le Sheykh al-Akbar entretien avec la sourate « al-Ikhlâs » au chapitre 345 des « Futûhât ».
Nous avons déjà eu l'occasion d'indiquer qu'il était pour le moins invraisemblable de faire corresponde le nombre « 165 » au Nom « aṣ-Ṣamad » dont le nombre des lettres « Ṣ.M.D » est évidement « 104 » (60 + 40 + 4).
Nous pouvons donc supposer qu'il s'agit avant tout d'une référence aux cinq lettres isolées du monogramme qu'on retrouve au début de la sourate « Maryam » (19) qu'il fait correspondre entre autre avec le « Tawhid » d'Allâh.
Or il est avéré le nombre d'Allâh (66) est celui de la contraction d'al-ilâh dont le nombre est celui des points diacritiques (36) quand on ne prend pas en compte l'article pronominal qui le précède et que la contraction intègre dans son Nom de majesté.
Autrement dit Abd ar-Razzâq dénombre les lettres du Nom « aṣ-Ṣamad » de la même façon en comptant celles de l'article qui le précède (31) par similitude avec Celui dont Il est ici l'attribut qu'il distingue préalablement de Son ipséité nominale.
Cette ipséité qui représente Son essence correspond aux lettres « Hâ » (5) et « Wâ » (6) de l'article nominal dont les nombres correspondent encore à celui des vignettes (11) qu'on retrouve dans les deux chapitres : « Huwa Allâh » (6) et « 165 » (5).
La dernière vignette (1) doit donc être attribué à l'unité qui caractérise l'Iklâs à deux repises pour le premier et le dernier verset de la sourate qui n'en comprend que quatre : « Huwa'l-Lâhu 'ahad » ... « lam yakun lahû kufuan 'ahad ».
Le début du quatrième verset de la trente-neuvième sourate qui nous sert d'entête montre que le troisième verset de l'Ikhlâs – « lam yalid wa lam yûlad » – tourne ici avec la dix-neuvième sourate consacrée à Marie autour de la naissance virginale du Christ :
« Si Allâh avait voulu adopter un enfant, Il aurait élus ce qu'Il veut à partir de ce qu'Il a créé. »
Cette préoccupation est sans doute moins congruente si on attribue à Moïse la position du Fils et au Christ celle de l'Esprit avec le verset 171 de la quatrième sourate – « Rûh min Huwa » – qui reprend à peu près la même critique théologale à l'encontre de sa filiation :
« Il est trop glorieux pour avoir un fils (S 4) / Gloire à Sa transcendance (S 39) »
[ Jésus est un Esprit procédant du Verbe que Dieu à déposé dans le sein de Marie. ]
Nous avons déjà dit que le nombre de l'ipséité (11) pouvait être lu comme une coïncidence entre le microcosme (5) et le macrocosme (6) conformément à une géométrie dont les symboles restent attachés aux saintes figures de David (5) et de Salomon (6).
Et que la conjonction du Pentacle (5) avec les triangles du Soleil (3) et de la Lune (3) peuvent également se lire comme celle de la décade (10 ) et de la monade (1) dont l'unicité est celle qui caractérise Allâh quand Il porte le Nom « al-Wâhid ».
L'ipséité, la décade et la monade forment alors les mondes supérieurs d'une théogonie que la tradition la plus orientale du « tasawwuf » islamique attribuent d'abord aux lettres « Hâ » (5) et « Yâ » (10) puis à la négation apophatique – « Lâ » – du « Tawhîd ».
Le Nom « al-Qahhar » que le Sheykh abd ar-Razzâq transcrit comme celui du « Réducteur universel » en rapport avec la dyade serait Celui que la tradition akbarienne attribue avec le Noble Coran à « al-Jabbar » par rapport au lien qu'Il entretient avec l'unicité d'Allâh.
« al-Qahhar » est comme le « Yi » (2) du « Yin » dans la tradition extrême-orientale dont le Sheykh relativise ici l'aspect contraignant par rapport au « Yang » (1) dans la mesure où cette contrainte ne s'applique qu'à elle-même avec son propre consentement.
Cf. Abd ar-Razzâq Yahyâ – Tawhîd et Ikhlâs. Aspects ésotériques – Le Tawhîd dans la sourate al-Ikhlâs – Huwa Allâh (2006)
●
Si l'usage cryptique que nous faisons des trente-six points diacritiques qui apparaissent vers la fin de cet ouvrage est avéré, on doit alors considérer que leurs « aspects ésotériques » ont aussi une valeur d'avertissement.
Le dernier paragraphe qui distingue le « Tawhid » du Principe suprême du « Tawhid » de la réalisation initiatique mentionne celui de Sahl at-Tustârî : « La seigneurie comporte un secret – s'il était dévoilé, la seigneurie serait abolie ».
Il s'agit apparemment de la seigneurie muhammadienne de l'Intercesseur universel à la fin des temps pour le monde des hommes dont l'abolition dans le monde des anges reste en rapport avec la « ananiyya » de l'identité suprême qu'elle devrait lui accorder.
C'est du moins donner une issue favorable à cette abolition qui ressemble plus à une mise en garde à l'encontre d'une mystique à laquelle on ne reproche pas la réalisation de cette identification mais de détruire pour la contempler le temple de son existence.
Il nous semble en effet que le Sheykh confond ici de notre point de vue pour cette raison la station du Louangeur – « Mahmûd » – et celle du Louangé – « Muhammad » – alors que nous n'avions en vue sans doute que celle de la Louange – « Ahmad ».
Ce qui n'est pas sans relation avec la réduction opérée par le Réducteur : quand nous contemplons la Xénophilie d'Abraham, les corps des anges ont tendance à se dissoudre dans la couleur pour n'y laisser apparaitre que les sphères lumineuses de leurs auréoles.
Celles qui sont les plus proches de nous semblent alors comme attirées par celle que l'éloignement rehausse un peu là où le « Kawthar » posé entre elles sur la nappe blanche de l'autel reste en définitif le seul point d'encrage de notre vision.
Il y a par ailleurs au pied de cet autel un détail troublant et énigmatique qui prend la forme d'un motif géométrique – un rectangle dans un rectangle qui forme un angle et un champ que nous identifions au corps du Christ puisqu'il est à la fois l'autel et le temple de notre édifice.
● ● ●
Un dernier indice du caractère cryptique de ces considérations est la façon donc Abd ar-Razzâq retranscrit « aṣ-Ṣamad » (165) sur le modèle d'al-ilâh (36) en introduisant un « Lâm » (30) et en donnant à la lettre « Ṣâd » (60) sa valeur orientale (90).
Il aurait pourtant suffit d'opérer le redoublement du « Ṣâd » (120) pour obtenir le même résultat (165) que celui obtenu par le redoublement du « Lâm » (60) d'Allâh (66).
La véritable valeur du « Ṣâd » dans la tradition occidentale dont relève l'exégèse akbarienne est ensuite confirmée par la valeur des lettres du monogramme de la sourate « Myriam » (165) : « Kâf » (20) + « Hâ » (5) + « Yâ » (10) + « 'Ayn » (70) + « Ṣâd » (60).
Abd ar-Razzâq donne ici à son œuvre l'aspect ésotérique qu'il accorde volontiers à celle d'abd al-Wâhid – René Guénon (+ 1951) – tout en assumant le caractère marial d'une voie empruntée avant lui par Nûr ad-Dîn – Frithjof Shuon (+ 1998).

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire